CHRONIQUE DE LA ZLECAf - 2

Les paysans africains et la ZLECAf

Les matières premières agricoles africaines sont essentielles pour le commerce et les chaînes d’industrie dans le monde. Primordiale pour l’industrie agroalimentaire du continent, la circulation des productions agricoles est un axe majeur de la ZLECAf. Les organisations de paysans africains ont donc un rôle important à jouer dans l’opérationnalisation de cette zone de libre-échange. Théoriquement la ZLECAf devrait favoriser une augmentation substantielle du commerce intra-africain.  Par conséquent, un accroissement de l’offre agroalimentaire serait inévitable. Dès lors, les paysans, par le biais de leurs organisations, feraient bien d’adapter leurs offres de cultures et leurs techniques culturales pour profiter des opportunités de la ZLECAf. A bien des égards, la paysannerie africaine montre une réalité inadaptée à ce processus panafricain.



En effet, les paysans africains sont ancrés dans une dynamique de culture d’autoconsommation. Le manque de moyens financiers et techniques ont donc pour conséquence une production agricole limitée et de subsistance. Les intérêts du monde agricole pour une ZLECAf efficiente ne seraient que très faibles. Aussi, pour les cultures de rente, les cultures destinées traditionnellement aux exportations, les motivations des producteurs seraient-elles guidées par les prix mondiaux. Indubitablement, la ZLECAf ne pourra pas inverser la tendance des exportations de ces produits. En somme, les Etas africains ne devraient pas être les farouches concurrents des pays importateurs de leurs ressources agricoles. La majorité des agriculteurs continuera à produire dans le but d’exporter hors du continent. Ici encore, très peu d’intérêt sera accordé aux fonctionnalités de la ZLECAf.

En définitive, les initiatives des organisations de paysans contribuant à la réussite de la nouvelle zone de libre-échange, sont de bons augures mais ne sauraient être efficaces que s’il existe une transformation structurelle du monde agricole africain. Faute de quoi, les grands groupes agro-industriels seraient les seuls bénéficiaires dans cette filière.

Les organisations de la société civile à l’heure du libre-échange continental

De plus en plus les organisations de la société civile (OSC) prennent position dans tous les processus de développement du continent africain. La mise en place de la ZLECAf est une nouvelle opportunité pour les OSC d’aller en mission. Déjà en 2019, l’Union africaine appelait ces organisations à jouer des « rôles politiques complémentaires » pour l’essor de l’Afrique. Proches des populations, les OSC sont pratiquement des outils de diffusions, de sensibilisations et de retour d’expérience. Leur rôle stratégique dans l’accélération de l’intégration est bien connu. Pour accroître cette ardeur, des forums, séminaires, conférences se sont multipliés à travers les différentes communautés économiques régionales (CER). Le rapport du 10ème anniversaire du Forum de la société civile organisé par la Banque Africaine de Développement (BAD) conclut à une responsabilité des OSC dans l’intégration régionale. Certes, les OSC ont un rôle prépondérant à jouer dans ces thématiques d’intégration et de développement économique, mais elles restent, sur le continent, très peu informées et insuffisamment sensibilisées elles-mêmes. Il convient dès lors de développer, de multiplier les rencontres de haut niveau entre les OSC et les experts de la ZLECAf dans le sens d’une implémentation des mécanismes du libre-échange continental.

 De l’effectivité du système panafricain de paiement et de règlement

Le bon fonctionnement de la ZLECAf et la marche vers une véritable intégration économique africaine passe inéluctablement par la mise sur pied d’instruments efficaces et unifiés de paiement continental. C’est dans cette optique que l’Afreximbank (banque panafricaine d’import-export), a déployé la phase pilote au mois d’avril dernier, du PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System). Cet outil destiné à faciliter les échanges sur tout le continent, viendrait renforcer le développement de la ZLECAf qui peine à s’installer. Après plusieurs mois de test dans la zone monétaire ouest-africaine (ZMOA), le PAPSS est annoncé opérationnel, le 28 septembre par Afriximbank. Le Système panafricain de paiement et de règlement est une infrastructure électronique permettant des paiements instantanés en monnaies locales entre Etats africains. Concrètement le PAPSS permettra à un opérateur ivoirien, par exemple, d’effectuer ses transactions avec un autre opérateur au Nigeria, sans au préalable convertir le Franc CFA en Dollar avant de le reconvertir en Naira. Cette innovation notable favorisera indéniablement les échanges intra-africains et la confiance des acteurs, mais est loin d’être la panacée. En outre les discussions sont toujours en cours pour étendre la plateforme à tout l’ensemble du continent.  

En somme, il est clair que pour l’efficience de la ZLECAf, tous les mécanismes post-démarrage et instruments additionnels prendront le temps nécessaire pour s’implanter. La ZLECAf demeure un processus long et sinueux qui demande l’implication de toutes les synergies du continent. 

 


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