POUR UN REEL SOFT POWER CULTUREL IVOIRIEN

Une Nation n’est ni puissante, ni émergente ; elle le devient. La puissance militaire ou économique des États est traditionnellement au centre de la géopolitique. La lutte pour l’hégémonie entre puissances se manifeste à travers des rivalités guerrières diverses, directes ou indirectes, aux moyens et outils variés. En outre, les agrégats économiques et le positionnement commercial viennent améliorer le poids dans cette course à la domination. Fort heureusement, avancer ses pions sur l’échiquier géopolitique et de l’influence, n’émane pas uniquement du hard power (la manière forte). Le poids du soft power dans la défense des intérêts des États est remarquable et très factuel. L’art et la culture sont partie intégrante de ce pouvoir de convaincre et d’inspirer. Ce sont donc des outils de compétition entre États. Largement pratiqué par les États-Unis, concomitamment avec le hard power, son efficacité n’est donc plus à démontrer.

Douk Saga, le créateur du Coupé-décallé


Bien de pays, en dépit de leur handicap militaire et économique relative, disposent de véritables armes et atouts naturelles d’influence. La Côte d’Ivoire est dotée de ce réel pouvoir, bien souvent négligé, d’influence culturelle depuis plusieurs décennies. Oui, l’art et la culture « Made in Côte d’Ivoire » peuvent être transformés en de forts instruments d’influence sociétale à l’extérieur. Les pouvoirs publics ne devraient surtout pas considérer la culture comme un domaine secondaire dans sa stratégie diplomatique. Pour être puissant, il faut rêver la puissance, avec les moyens en sa possession ou accessibles. Dans un contexte de bouleversement géostratégique, l’industrie culturelle du pays représente un moyen essentiel, un levier d’une stratégie de puissance dans la sous-région voire en Afrique et même dans le monde. La Côte d’Ivoire se doit de déployer ses atouts indéniables pour accroître une image positive, conquérir les opinions publiques à l’étranger, gagner des parts de marchés pour ses productions culturelles et attirer de grands investissements étrangers et locaux. La production audiovisuelle et cinématographique, l’organisation de concerts, la vente de disques, d’objets d’art et la prolifération du français populaire ivoirien le « nouchi », l’art du « buzz marketing» sont autant d’éléments de la dimension économique et culturelle qu’il convient aujourd’hui d’allier efficacement à sa dimension diplomatique.

Les enjeux modernes de pouvoir et de domination incitent notre pays à œuvrer dans le sens d’une stratégie de puissance pensée, affirmée et affichée. Aujourd’hui, plus qu’hier, le niveau de présence de la culture ivoirienne dans les pays francophones et mêmes les diasporas devra continuer d’impressionner. Les réseaux sociaux favorise considérablement cette influence grandissante ; le développement du paysage audiovisuel national attire francophones et francophiles ; le retour du rap ivoire au sommet invite au respect international ; l’internationalisation du zouglou confirme la tendance et l’essor de festivals garantit une plaque tournante du spectacle. Une économie de la créativité donc florissante et attrayante semble fonctionner harmonieusement. C’est ainsi le moment propice, évident et incontestable pour réussir un « Nation Branding » convaincant. La primauté d’un tel élan stratégique devrait être la priorité du ministère de la culture. Il faut implémenter une véritable géopolitique de la culture en Côte d’Ivoire. Certes, les défis multisectoriels sont nombreux et prégnants, mais c’est l’avantage concurrentiel qui prime. Le positionnement de Côte d’Ivoire et son rayonnement sur la scène internationale exigent des prises de décision, de risques et des engagements dans le monde de la culture. Nous sommes à l’ère de l’État stratège et le potentiel culturel, économique, intellectuel de la côte d’ivoire est immense et irréversible.

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